Sélections de nos libraires

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L'heure de la rentrée

Le 19 août a sonné le grand départ de la rentrée littéraire. Ce sont 521 nouveaux romans qui vont remplir les tables des librairies jusqu’à fin septembre, soit une vingtaine de plus par rapport à l’an dernier. On compte donc 379 romans, dont 75 premiers romans et 142 romans traduits. Parmi les romans les plus attendus en littérature française, on compte le traditionnel Amélie Nothomb avec Le premier sang, David Diop, vainqueur du prix Goncourt des lycéens en 2018, avec La porte du voyage sans retour, Sorj Chalandon avec Enfant de salaud ou encore Cécile Coulon et Seule en sa demeure, le roman effectuant le meilleur démarrage de cette rentrée littéraire. Côté littérature étrangère, on peut souligner le retour du prix Nobel de littérature, Kazuo Ishiguro avec Klara et le soleil, le très remarqué premier roman de Douglas Stuart, Shuggie Bain, lauréat du Booker Prize 2020, ou encore Richard Power et Sidérations, mon plus gros coup de cœur de cette rentrée.

 

LITTERATURE FRANCAISE

 

Le fils de l’homme, Jean-Baptiste Del Amo (Gallimard)

Une écriture fine et imagée pour un récit sombre et rude.

Le Père réapparait dans la vie de la Mère et du Fils après 6 ans d’absence avec une idée en tête : les emmener vivre aux Roches, un lieu-dit en pleine montagne où les attend une vieille masure à retaper.

Le récit alterne entre le présent, avec la découverte des Roches, et le passé, avec le retour du Père. On oscille également entre de très belles descriptions de la nature et une atmosphère pesante, angoissante, instaurée par le Père, très autoritaire et emplit d’une violence longuement contenue. Hanté par son passé et dévoré par la jalousie, il va sombrer dans la folie et refuser de céder face aux conditions précaires de leur retraite et aux assauts furieux de la nature.

Un roman saisissant et dramatique.

 

Son empire, Claire Castillon (Gallimard)

Un roman court et marquant sur l’emprise psychologique d’un homme - menteur, voleur, mégalomane, profiteur- sur une jeune femme.

L’histoire est racontée à travers les yeux de la fille de cette femme. D’abord très heureuse de l’arrivée de cet homme dans leur vie, elle voit petit à petit sa mère dépérir, sombrer lentement dans la paranoïa, perdre toute consistance.

J’ai trouvé ce roman bien construit. On sent le glissement progressif d’un semblant de bonheur vers l’emprise psychologique. La mère essaie de sortir de cette relation malsaine, malheureusement le mal est déjà fait…

Un récit puissant et dérangeant.

 

Enfant de salaud, Sorj Chalandon (Grasset)

« Le salaud, c’est le père qui m’a trahi »

Sorj Chalandon narre le procès de Klaus Barbie en même temps qu'il découvre le dossier du procès de son propre père, accusé d'avoir collaboré avec les allemands pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Mais difficile de démêler le vrai du faux lorsque le père est un menteur pathologique et que l'émotion dégagée par le procès de Barbie et les témoignages des survivants viennent perturber cette découverte.

Enquête personnelle mêlée à un morceau d'Histoire, Enfant de salaud est un récit poignant, chargé en émotions.

« À ton incroyable vie, tu avais préféré l’amplification du mensonge ».

 

Les étoiles les plus filantes, Estelle-Sarah Bulle (Liana Levi)

Nos étoiles les plus filantes retrace de façon imaginaire la création du film Orfeu Negro, palme d’or à Canne en 1959 et Oscar du meilleur film étranger en 1960. Nous y suivons son réalisateur, Marcel Camus, son actrice principale Gipsy et les autres acteurs recrutés sur place, à Rio. Ce projet un peu fou va également susciter l’intérêt des autorités américaines et françaises.

La plume fluide de Sarah-Estelle Bulle et son style romanesque servent à merveille ce roman aux multiples facettes. A la fresque culturelle et roman historique, on y croise le monde du cinéma, celui des favelas de Rio, ainsi que les services secrets de plusieurs pays.

Une lecture divertissante et enrichissante !

 


LITTERATURE ETRANGERE

 

Sidérations, Richard Power (Actes Sud)

« Face à la ruine qu'était globalement le monde, une empathie accrue entraînait une souffrance plus profonde. La vraie question, ce n'était pas pourquoi Robin dégringolait. C'était pourquoi nous restions, nous autres, si absurdement optimistes. »

Richard Power revient avec un excellent roman, dans la lignée de son précédent, L’Arbre-Monde.

C’est l’histoire de Robin, un jeune garçon intelligent et sensible, qui n’arrive pas à être en phase avec notre monde. Asperger, trouble du comportement, tocs… Aucun diagnostique n’a réussi à poser des mots sur son mal-être.

C’est aussi l’histoire de Theo, astrobiologiste qui se débat avec son rôle de père veuf et la personnalité hors normes de son fils. Pour aider son enfant face aux catastrophes qui ravagent la faune et la flore de notre monde, il invente des planètes où d’autres formes de vie sont possibles, et l’inscrit à une étude scientifique expérimentale, le Neurofeedback, sensé lui permettre de mieux appréhender ses émotions.

À travers cette émouvante relation père-fils, Richard Power nous invite à repenser notre rapport au monde, à le voir avec les yeux sensible et extatique d’un enfant de dix ans.

Vous n’oublierez pas de sitôt le petit Robbie, aussi doux, solaire et perspicace que triste et enragé.




PREMIERS ROMANS

 

Et d’un seul bras, la sœur balaie sa maison, Cherie Jones (Calmann-Levy)

J'ai beaucoup aimé ce premier roman qui permet de découvrir les plages de La Barbade, où se mêlent riches touristes et population locale pauvre.

On y suit Lala, très jeune maman qui rêve d'une vie meilleure, loin des coups de son malfrat de mari. En étant plongé dans son histoire, on découvre aussi celles de ceux qu'elle côtoie qui sont tristement teintées de déterminisme.

Un premier roman prometteur.





Les dents de lait, Helene Bukowsky (Gallmeister)

Si vous avez aimé Dans la forêt, de Jean Hegland, lancez-vous sans tarder dans ce très bon premier roman à l’atmosphère pesante et mystérieuse !

Depuis de nombreuses années, le climat s’est dégradé. La pluie a laissé la place à un soleil de plomb, qui rend la terre stérile, et albinos les rares animaux qui survivent.

Skalde et sa mère Edith vivent dans une communauté volontairement autarcique depuis le début du changement climatique. Elles-mêmes vivent en retrait de cette communauté, car les habitants voient d’un mauvais œil le fait qu’Edith soit une étrangère. L’arrivée d’une jeune fille rousse, venue d’on ne sait où, va venir chambouler leur quotidien et raviver les superstitions de cette communauté pétrie de peur.

Roman d’ambiance, roman post-apo, roman initiatique, Les dents de lait est incroyablement bien construit, oscillant entre pesanteur et moments de tension. Les personnages sont complexes, à la fois attachants et irritants, coincés entre la peur de quitter ce qu’ils connaissent et l’envie d’aller voir ailleurs si les conditions climatiques sont meilleures.

L’autrice tisse également une réflexion sur le repli sur soi et la peur de l’autre qui mène à des situations aberrantes.

Une lecture hypnotique et troublante.

 

Écrit par Anaïs Beaumer

Description du blog

Chaque mois, nos libraires vous concoctent une sélection des meilleures nouveautés et des fiches de présentation pour chacune d'elles.